Les kilos émotionnels

Anne Hairy Psychologue à Paris 10 explique les compulsions alimentaires.

 

« C’est avant tout une quête de soi dont il est question dans l’apprentissage ou la redécouverte du véritable plaisir à manger, à déguster, celle de la gourmandise pour remplacer la gloutonnerie. Mais aussi la découverte de toutes les émotions qui vous gouvernent et qui vous définissent en partie », Christophe Clerget, in Les kilos émotionnels (Albin Michel, 2009)

 

 

Les  kilos émotionnels

J’ai lu récemment un ouvrage du  Docteur Stéphane Clerget, psychologue et pédopsychiatre français portant sur les kilos émotionnels. 
Dans cet ouvrage paru en 2009, le Dr Stéphane Clerget porte une analyse que je partage sur l’imbrication entre les problèmes émotionnels et leur traduction corporelle en problème de poids. Sans subir les diktats actuels de la minceur, il me semble tout à fait pertinent d’aider mes patients et patientes à se sentir bien dans leur corps, en créant une harmonie corps-esprit. Trop souvent les psychologues méprisent ou modèrent les problèmes de mal être corporel uniquement au profit des problèmes de mal être psychologiques.
Or il me semble comme le docteur Clerget l’indique dans son ouvrage que ces deux types de problèmes sont liés, imbriqués voire interdépendants.  Les analyses et conseils de cet ouvrage me semblent utiles dans le cadre thérapeutique, pour une meilleure prise en charge du bien être global de mes patients. Cela permet en thérapie d’analyser les mécanismes affectifs à l’origine des kilos émotionnels et des difficultés à s’en libérer.
Ainsi le docteur Clerget indique que ce sont principalement les sentiments négatifs (stress, anxiété, colère, etc.) qui affectent le poids, notamment lorsque ceux-ci sont très intenses, trop fréquents et difficiles à gérer. Les émotions négatives affectent notre comportement et notre santé psychologique, tant sur la perte que sur la prise de poids, en mangeant moins ou en mangeant plus. Lorsque l’on agit sous le coup de l'émotion, on peut modifier complètement son choix alimentaire habituel de même que sa façon de consommer les aliments. 
L’organisme pourra réagir à ce bouleversement en stockant davantage de graisses.
Par exemple, un état dépressif qui perdure peut entraîner l’accumulation de masse graisseuse. Il s’agit d’une sorte de mécanisme d’autodéfense du corps qui, comme le mentionne Stéphane Clerget, cherche à s’envelopper, à s’emmitoufler et à se protéger. Les kilos émotionnels sont donc des kilos acquis, des prises ou des pertes de poids provoquées par des raisons émotionnelles récentes ou inscrites plus profondément en nous, remontant parfois à notre enfance. Ainsi souvent  notre histoire, notre éducation, notre construction imaginaire nous a « programmé » pour nous pousser à manger face à telle ou telle émotion.

Un exemple simple : si, à chacune de nos frustrations, notre mère nous consolait par un gâteau, un bonbon, ce réflexe de manger aura tendance à perdurer adulte.
Ce réflexe de manger lorsque l’on ne va pas bien remonte donc à très loin au premier stade de notre développement.
La construction de nos premières émotions se fait autour de la prise alimentaire, qui, à ce stade, est le principal mode de communication de l’enfant. Le nouveau-né mange… et établit ses premières relations au monde.  

 Ainsi la thérapie peut nous aider à perdre ces kilos émotionnels en travaillant sur ces émotions et leurs causes. Car les émotions ont des modes d’action pluriels. Les émotions peuvent nous pousser à manger davantage. Ou bien à avoir envie de certains types d’aliments, gras ou sucrés notamment.
De plus elles peuvent agir à travers notre activité physique, en l’augmentant ou la diminuant.
Elles peuvent enfin entraîner un stockage des graisses, sans que nous mangions plus car il y a alors une traduction biologique de nos émotions, à travers les hormones, les neuromédiateurs ; mais à l’origine, ce sont d’abord nos émotions, notre vécu qui agissent.  
Beaucoup de patients, et notamment de patientes, qui viennent entre autre pour un problème de surpoids, et qui au cours de la thérapie réussissent à exprimer une déception plus globale par rapport à leur vie, et à y remédier vont alors connaître une nette amélioration de ces problèmes de poids.
La thérapie permet d’une part de faire le lien entre certaines insatisfactions et les prises alimentaires et d’autre part de réfléchir et de penser sans uniquement se focaliser sur le régime et le fait de moins manger.Perdre du poids n’est donc pas qu’une question de volonté et de maîtrise. C’est une question de libération émotionnelle et de connaissance de soi que peut apporter un travail thérapeutique bien mené.
Pour cela, il faut tout d’abord apprendre à repérer les différentes émotions à l’origine de ces prises alimentaires, puis faire un travail singulier sur chaque émotion.
Ce travail mené en thérapie permet généralement d’arrêter de se maltraiter avec des régimes souvent voués à l’échec.
Cela permet de prendre conscience de soi, avec ses bons et mauvais côtés, d’accepter la personne que l’on veut être. La thérapie aide ainsi à réguler ses émotions, et évite alors leur impact sur l’alimentation.
On apprend à gérer ses émotions de manière différente, et notamment différentes manières de répondre à des émotions négatives en les extériorisant par la parole et la communication.

 

 

Quelques conseils pratiques pour se libérer des kilos émotionnels  : Perdre du poids est une question de libération émotionnelle

Pour vaincre ces compulsions alimentaires, vous pouvez vous interroger d’abord afin de savoir si vous ressentez vraiment de la faim ou bien s’il s’agit seulement d’un processus de compensation. Si la réponse est non et que le besoin n’est pas physiologique, c’est que vous cherchez à tromper l’ennui ou à compenser des émotions négatives.Néanmoins, le processus n’est pas aussi simple chez une personne qui a adopté de mauvaises habitudes alimentaires depuis de nombreuses années. La véritable faim et l’émotionalité alimentaire peuvent alors être difficiles à démêler.Dans ce cas, il faut approfondir l’analyse de la situation et se questionner davantage :

Êtes-vous souvent attiré(e) par les produits présentés dans les publicités ? Avez-vous tendance à grignoter après une journée stressante ou épuisante ? Quels types d’aliments vous font le plus envie : salés, sucrés, gras ? Comment vous sentez-vous après avoir assouvi votre envie ? Trouvez-vous difficile de résister aux aliments gras/sucrés lorsque l’envie se présente ? Est-ce que vous vous conditionnez avant ou entre les repas à manger certains types d’aliments ? Est-ce que la nourriture est régulièrement une récompense pour vous ? Par exemple, vous offrez-vous du chocolat après une dure journée au travail ?                                                                                                                                     

En effet les  kilos émotionnels sont intimement liés à la nourriture. Bien qu’encore peu d’études soient orientées vers ce sujet, les chercheurs s’intéressent maintenant davantage à ce phénomène qu’ils ont baptisé «émotionalité alimentaire » ou « l’alimentation émotionnelle ».Linda Spangle, auteure du livre Life is Hard, Food is Easy: The 5-Step Plan to Overcome Emotional Eating and Lose Weight on Any Diet, a divisé les émotions qui suscitent une compulsion alimentaire en deux catégories : les émotions de tête et les émotions de coeur. La première catégorie se rapporterait à des sentiments tels que la colère, l’agressivité et le stress qui sont généralement associés à la consommation d’aliments à la texture croquante (croustilles, chips, biscuits). À l’inverse, les émotions de cœur (tristesse, besoin de réconfort, solitude, fatigue) nous orienteraient davantage vers des aliments à la texture moelleuse, comme le chocolat, la crème glacée ou les pâtes.  En prenant soin d’identifier la situation dans laquelle vous vous trouvez ou ce que vous avez vécu au cours des derniers jours, vous serez davantage en mesure de contrôler vos envies artificielles de manger.Vous pouvez également tenter de détourner votre attention de la nourriture en pratiquant une activité ou un loisir que vous affectionnez particulièrement, comme la lecture ou une promenade à pieds. ;De plus il y a toute une éducation alimentaire à instaurer : privilégier les repas à table, les échanges, les activités culinaires avec son enfant, son conjoint ou des amis; se donner le temps de manger ; laisser les tout-petits jouer avec les aliments ; interdire les repas devant la télévision…

De plus il est important d’avoir conscience de ce que l’on mange. La relation entre alimentation et santé mentale serait d'ailleurs bidirectionnelle, selon autre une étude parue en 2005, dans le Canadian journal of public health. Les auteurs affirment que « l'humeur ou l'état psychologique peuvent influencer ce qu'on mange, de même que les quantités consommées, tandis que l'alimentation influence également l'humeur et le bien-être psychologique. » Il est primordial d’avoir une relation saine avec la nourriture et de ne pas laisser les émotions contrôler l'appétit. Enfin il faut avoir aura la possibilité de s’exprimer de diverses manières, d’exprimer ses émotions autrement que par la prise alimentaire. Et si vous avez des kilos émotionnels n’hésitez pas à consulter pour les prendre en charge...


En savoir plus sur la crise d'adolescence à Paris 10.